Prager Strasse – Otto DIX

PRAGER STRASSE de Otto DIX

  1. Identifier :

Titre : Pragerstrasse (la rue de Prague)

Auteur : Otto Dix (1891-1969)

Date de réalisation : 1920

Lieu de conservation : Stuttgart, Galerie der Stadt

Peinture : Huile sur toile (101 x 81 cm)

Matériaux : huile sur toile et collages

Genre : Peinture d’Histoire

  1. Description du tableau :

Ce tableau nous présente la rue de Prague.à Dresde.

1) Plans

Au premier plan on voit : un riche passant mutilé et hautain, décoré avec la croix de fer , qui se déplace sur une planche à roulettes. Il roule sur une brochure sur laquelle est inscrit « Juden Raus » (« les juifs dehors »). Dans l’angle gauche on voit une main élégante posée sur une canne et la tête d’un chien qui montre les crocs. Dans la partie droite du tableau, on voit le postérieur d’une dame portant des talons hauts.

Au second plan on peut voir un homme (soldat) mutilé, au corps désarticulé et aux yeux vides (=trous d’obus) faisant la manche et à qui un passant donne un timbre. . « Désarticulé », mutilé de guerre, son humanité s’efface. Ses membres inférieurs et son bras gauche ne sont faits que de bois. Derrière lui se trouve une petite fille seule, nus pieds (le visage de profil et l’oeil de face). A ses pieds se trouve un bout de journal où est écrit « diktatur von rechts »(« dictature de droite »).

Autour d’eux, nul ne fait attention à ces infirmes. Ainsi les invalides sont amoindris, mis au même niveau que les chiens.

Le dernier plan se compose de vitrines de magasins : dans l’une sont exposées des perruques pour dames, et dans l’autre on peut voir un mannequin en pièces détachées et des prothèses. Sur le mur entre les deux vitrines le mot« Dumm » (« idiot ») est griffonné.

Une faux traverse l’œuvre.

2) Couleurs

Les couleurs présentent des couleurs vives pour les premiers plans (bleu du veston du personnage au premier plan, robe rose de la dame traversant la rue) et ocres pour les personnages en arrière-plan (le mendiant, l’enfant…)

3) Composition

On ne retrouve aucune ligne permettant de trouver le point de fuite, ce qui interdit toute impression de stabilité. Tout le tableau inspire donc le chaos. Ceci souligne le caractère absurde de la guerre.

Conclusion : On voit des hommes diminués, porteurs de prothèses mécaniques, des cicatrices hideuses, des greffes, un monde grotesque d’anciens combattants pour les uns réduits à mendier, les autres exhibant leurs blessures comme autant de preuves de leur bravoure guerrière.

  1. Analyse :

a) les conséquences de la guerre mais aussi le climat politique et social de l’année 1920 en Allemagne :

La Pragerstrasse (rue de Prague) est la grande rue commerçante de Dresde, ville où vécut longtemps Otto Dix. L’expérience de la guerre a bouleversé l’artiste. En peignant cette toile, Dix démontre les conséquences de la guerre mais aussi le climat politique et social de l’année 1920 en Allemagne : indifférence à la souffrance et absence de solidarité, montée du nationalisme des anciens combattants allemands (croix de fer sur le veston) . Aussi peut-on voir dans l’œuvre, tout à la fois, une analyse de la société allemande de la défaite et une préfiguration de ce qu’elle devint dans l’entre-deux-guerres. On est à une période où l’Allemagne « se cherche », où des partis d’extrême-droite se forment.

b) L’antisémitisme :

c’est une période de développement de mouvements d’extrême-droite antisémites (haineux envers les juifs) (extrait de journal). Les ligues d’anciens combattants étaient en effet très sensibles à la propagande ultra-nationaliste, dont l’antisémitisme fut une des composantes très tôt, avant que le nazisme n’en fasse l’un de ses dogmes. Les Juifs sont responsables de tous les maux de l’Allemagne (selon l’extrême droite). L’homme en chariot roule sur une brochure dont le titre est les « Juifs dehors ». Aux pieds de la petite fille, sur le tract déchiré on peut lire « dictature de droite ».

c) La société allemande d’après guerre :

Les mutilés (+ les prothèses dans la vitrine) : – anciens combattants mutilés ou « les gueules cassées » pour qui le retour à la vie normale est difficile : vie dans la misère (= mendient) difficulté à affronter le regard des autres, « Les valides» dont on ne voit qu’une partie (une main, un bras, un postérieur). Certains sont riches, élégants et ignorent les mutilés (car on ne voit pas leur visage). La petite fille évoque les nombreux orphelins. Cet étalage n’est que la vitrine du monde dont la rue offre le spectacle : mélange de passants élégants, et de pauvres hères à jamais handicapés. C’est sur cette opposition sociale qu’Otto Dix porte son regard en focalisant l’attention sur ceux, handicapés, mutilés, dont on voudrait oublier l’existence. L’absurdité de ce monde est résumée par un mot griffonné sur le mur entre les deux vitrines « Dumm » (idiot, stupide). Un monde hanté par la mort, une faux (= représentation de la mort) est rageusement mais discrètement tracée en travers du tableau.

La construction du tableau fait apparaître une humanité disloquée. Un monde inférieur : le trottoir avec ses mégots, ses détritus, ses bouts de journaux, les mutilés. Un monde supérieur dont on ne voit que le bas : le corps de la femme. Chaque humanité ignore l’autre, les regards ne se croisent pas.

Otto Dix montre une société sans compassion, et sans respect pour la personne humaine. Otto Dix met ainsi à nu ce que les historiens considèreront plus tard comme une des racines du nazisme : le traumatisme de la Première guerre mondiale, l’acceptation de l’horreur, la déshumanisation de l’Autre à cause de ses handicaps ou de sa race.

4° Intérêt artistique :

Au moment où cette œuvre est réalisée, Otto Dix vient de fonder le Groupe 1919 avec Conrad Felixmüller (1897-1977) et il réalise des collages DADA. C’est la naissance du mouvement appelé dadaïsme, mouvement intellectuel, littéraire et artistique qui, entre 1916 et 1925, se caractérisa par une remise en cause, à la manière de la table rase, de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques. Ce mouvement a mis en avant l’esprit d’enfance, le jeu avec les convenances et les conventions, le rejet de la raison et de la logique, l’extravagance, la dérision et l’humour. De nombreux artistes du mouvement Dada dénoncent les effets pervers de la guerre et son absurdité.

 

Ce contenu a été publié dans Histoire des arts. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

13 réponses à Prager Strasse – Otto DIX

  1. Batosurlo dit :

    Merci beaucoup je m’en suis servi pour un DM et j’ai eu 18/20
    MERCI BEAUCOUP !!

  2. Eddy dit :

    Merci pour tout je l’ai utiliser sur un DM d’Histoire des art je l’ai beaucoup utiliser sa ma donner beaucoup d’information merci beaucoup

  3. Alban dit :

    Merci !

  4. lioutikov dit :

    jai une question et je n’y arrive pas : Montrer que le tableau s’inscrit dans le courant expressionniste. merci de répondre au plus vite mon devoir est demain svp
    merci!

  5. clara dit :

    c’est pour un DM d’histoire, montrez qu’il s’agit d’une oeuvre expressionniste :
    merci d’avance

  6. Lisa dit :

    « Otto Dix appartient au courant artistique expressionniste , il tente de déformer la réalité en insistant sur ses traits les plus marquants pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle. » D’après:Claire DEVEZE; Académie de Montpellier

  7. titi dit :

    Y’a quoi comme courant artistique svp?

  8. licorne enragée dit :

    ça m’a aussi aidé pour un DM d’histoire des arts, merci. 🙂

  9. Kyara dit :

    Comment sont représenter les passants et ma seconde question est que veut dénoncer l’artiste dans cette œuvre ? Merci de répondre s’il vous plaît mon droit est pour demain

    • lioutikov dit :

      Le peintre veut dénoncer les horreurs de la guerre, la violence des
      inégalités sociales : les riches indifférents face aux pauvres et aux invalides
      montrés au même niveau que les animaux. Il dénonce aussi l’antisémitisme
      très présent dans les années 1920, les juifs qui sont considérés comme
      responsables des malheurs de l’Allemagne.

  10. Kyara dit :

    Comment sont représenter les passants

  11. Alex dit :

    Merci, ça m’as aidé pour mon devoir d’Histoire des Arts.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *